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Yves Klein, le peintre de l’immatériel

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L’indicible, l’intangible, l’insaisissable, Yves Klein a cherché, durant sa fulgurante existence, à les  matérialiser dans le langage des pigments.

Le bleu Klein ou International Klein Blue, emblématique de l’oeuvre 

Le bleu, une révélation : ce bleu outre-mer saturé, IKB, associé à un agent fixant qui lui permet de ne pas perdre son intensité, constitue le paradigme d’une œuvre flamboyante portée par l’idée d’une imprégnation universelle grâce à la couleur. Un bleu « outrebleu » qui irradie de vibrations de l’esprit. C’est pour Yves Klein la couleur la plus abstraite : « Le bleu n’a pas de dimension, il est hors dimensions. Toutes les couleurs amènent des associations d’idées concrètes tandis que le bleu rappelle tout au plus la mer et le ciel, ce qu’il y a de plus abstrait dans la nature tangible et visible ». Le bleu IKB a été mis au point avec un chimiste de l’industrie pharmaceutique qui a aidé l’artiste à trouver un adjuvant, une résine synthétique qui sera nommée Rhodopas, et dont la propriété est de se rétracter en séchant pour laisser apparaître et révéler le pigment pur.

La monochromie, une quête d’absolu 

Les propositions monochromes en pigments purs d’Yves Klein sont conçues comme une manière de fixer une énergie, une émotion, une intuition. La monochromie libère la couleur des contraintes de la ligne pour rendre visible l’absolu. « Pour peindre l’espace, je me dois de me rendre sur place, dans cet espace même, sans trucs ni supercheries. Jamais par la ligne on a pu créer dans la peinture une quatrième ou une cinquième dimension », affirmait-il en 1946. Le bleu, en particulier, est pour lui une représentation de l’infini du monde, de la dimension immatérielle de l’univers. Pour l’artiste, il s’agit d’approcher une réalité immanente et la porter à la conscience par ce langage de la couleur, atteindre « la sensibilité picturale de l’indéfinissable ». La couleur pure permet de transcrire les perceptions sensorielles sous forme absolue, hors du filtre de la raison. Cette quête d’absolu est la matrice de l’œuvre, dans la pratique comme dans la transmission : Yves Klein a en effet élaboré le projet d’une École Artistique de la Sensibilité. Le rôle de l’artiste est selon lui de rendre visible la beauté déjà présente à l’état invisible. « L’art est partout où l’artiste arrive ». L’œuvre d’Yves Klein transcende les catégories abstraites et figuratives pour se déployer comme une expression formelle de la sensibilité, qui témoigne du rapport de l’artiste à l’univers tout entier.

Une démarche avant-gardiste qui décloisonne les catégories de l’Art

En 1960, Yves Klein et le critique d’art Pierre Restany fondent les Nouveaux Réalistes, démarche artistique visant de nouvelles approches perceptives du réel, pour un retour au réel se démarquant tout autant de l’abstraction que de la figuration. La déclaration constitutive du groupe qui sera dissous en 1966 est signée par Arman, Martial Raysse, Jean Tinguely, Jacques Villeglé, entre autres figures de l’avant-garde des années 1960. L’objet est utilisé par les nouveaux réalistes comme matériau dans l’œuvre, et l’art prend des formes novatrices et diverses, de la peinture, sculpture, collage, accumulation, jusqu’à la performance. Un an plus tard, en 1961, Yves Klein présente le Manifeste de l’Hotel Chelsea (hôtel mythique du New York contestataire des années 1960), texte dans lequel il livre les contours de son propos artistique, un rapport au monde singulier médiatisé par l’Art. Un écrit dans lequel il justifie sa position d’artiste de l’immatériel et qui commence par ces mots : « Attendu que j’ai peint des monochromes pendant quinze ans, attendu que j’ai créé des états de peinture immatérielle, attendu que j’ai manipulé les forces du vide, attendu que j’ai sculpté le feu et l’eau et que, du feu et de l’eau, attendu que je me suis servi de pinceaux vivants pour peindre, attendu que j’ai inventé l’architecture et l’urbanisme de l’air… » en préambule à une défense de sa conception de l’avenir de l’Art. 

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Du judoka émérite à l’artiste audacieux 

Né à Nice en 1928, Yves Klein a grandi devant le spectacle du bleu azur infini. Il peint ses premiers monochromes bleus sur les murs d’une cave appartenant à la famille d’Arman, camarade de jeux. Enfant, il dessinait déjà des ronds bleus dans son carnet, affirmant le plus sérieusement du monde à Arman qu’il devait voir là le futur de la peinture. Yves Klein aurait pu devenir judoka émérite : au Japon, entre 1952 et 1954, il est le premier français à obtenir son quatrième dan à l’institut Kodokan. Mais cette interrogation insistante qui appelle le langage de l’art l’engage définitivement dans l’Aventure Monochrome. À la fin des années 1950, sa carrière prend une dimension internationale avec les différentes séries qui vont ponctuer une œuvre audacieuse et novatrice entre art conceptuel et performances ou happenings : monochromes, vide, pinceaux vivants, anthropométries (des corps nus couverts de peinture qui vont laisser leurs traces sur la toile). « Mon but est d’extraire et d’obtenir la trace de l’immédiat dans les objets naturels ».

Performances et œuvres immatérielles 

Parmi ses premières œuvres immatérielles, un lâcher de 1001 ballons bleus dans le ciel de Paris, qualifié de (Sculpture Aerostatique). Avec l’architecte Claude Parent, il développe un projet d’ « Architecture de l’Air », entre quête spirituelle et démarche utopique : une expérimentation pour « rendre visible le vide ». Au début des années 1960 il réalise ses premières Cosmogonies, œuvres produites par des phénomènes atmosphériques, ou ses Peintures de Feu. Yves Klein joue avec les éléments, le souffle du vent, la brûlure du feu, l’érosion de l’eau, l’empreinte du temps, la cristallisation. Il s’agit de saisir, par l’esthétique de l’art, des phénomènes naturels, des « états-moments de la nature » dans leur impermanence et leur dimension éphémère. Un travail de capture de l’insaisissable par la marque et la trace. Un Art qui imprègne le spectateur d’une conscience de l’immensité. En 1961, dans les jardins du musée de Krefeld, Yves Klein réalise un Mur de Feu constitué d’un double canevas de 50 brûleurs soudés dos à dos sur une grille de tuyaux d’arrivée de gaz offrant le spectacle d’une projection incandescente. De là, il mettra au point la technique des Peintures de Feu, geste artistique fulgurant effectué au brûleur de gaz, dévoilant des halos de couleur sur des cartons résistants à la chaleur, la flamme étant pour Yves Klein l’expression majeure de la synthèse des couleurs fondamentales, bleu, or et rose. L’artiste note que la flamme prend tour à tour ces trois teintes selon l’intensité de la température. « Le feu est vraiment l’un des principes authentiques qui sont essentiellement contradictoires les uns aux autres, étant en même temps la douceur et la torture dans le cœur et l’origine de notre civilisation »

Les couleurs en pigments purs comme essence de l’œuvre 

Si le bleu est incontestablement associé à l’œuvre d’Yves Klein, l’or est également un marqueur singulier de la démarche artistique. La technique de la dorure à la feuille est une manière de transmuter la matière en art. Le rose, troisième couleur de la trilogie de l’artiste, renvoie à la sensualité de la peau, utilisée comme pinceau vivant. Les trois couleurs apparaissent ensemble comme trilogie chromatique dans plusieurs de ses œuvres : Ci-gît l’espace en 1960, Ex Voto dédiée à Saint Rita de Cascia en 1961. Yves Klein accorde à ces trois couleurs la fonction d’une Trinité : à l’or le père, au bleu le fils, au rose le Saint Esprit, trinité qui se traduit en équation alchimique associant le soleil (or), l’eau (bleu), le sang (rose).  Plus que de couleurs, c’est de pigments qu’il convient de parler à propos de l’œuvre d’Yves Klein : « Je n’aimais pas les couleurs broyées à l’huile. Elles me semblaient mortes ; ce qui me plaisait par-dessus tout c’était les pigments en poudre, tels que je les voyais souvent chez les marchands de couleurs en gros. Ils avaient un éclat et une vie propre et autonome extraordinaire. C’était la couleur en soi véritablement. La possibilité de laisser les grains de pigments en totale liberté, tels qu’ils se trouvent en poudre, mêlés peut-être mais indépendants, tout en étant tous semblables, me souriait assez. L’art c’est la liberté totale, c’est la vie … ».

Hatchikian Galllery présente les Tables Yves Klein, une trilogie de couleurs fondamentales 

Hatchikian Gallery présente les Tables Yves Klein, oeuvres signées, tables basses rectangulaires caractérisées par un plateau de verre et plexiglass en transparence sur des pigments de couleurs : trois tables déclinent la trilogie IKB bleu, or et rose emblématique du travail de l’artiste. Ces œuvres, disponibles à l’acquisition dans les collections de la galerie, sont à découvrir sur rendez-vous au Art Loft, pour en apprécier la beauté in situ.

Une œuvre immense pour une vie écourtée 

La trajectoire d’Yves Klein aura été fulgurante : l’œuvre est immense, à l’image de sa quête d’infini, malgré son décès prématuré d’une crise cardiaque en 1962 à l’âge de 34 ans. La légende prête à l’artiste ces dernières confidences à un ami : « Je vais entrer dans le plus grand atelier du monde, je n’y ferai que des œuvres immatérielles ». Yves Klein a rejoint le ciel bleu peu après la projection au festival de Cannes du film Mondo Cane de Gualtiero Jacopetti, film qui ironise sur son œuvre éminemment conceptuelle. Un an après le Manifeste de Chelsea, on devine à quel point l’artiste avait à cœur de défendre et justifier sa démarche auprès des éternels détracteurs de l’avant-garde. Une salle est consacrée à ses monochromes bleus au MAMAC, Musée d’Art Contemporain de Nice, où sont représentés nombre de figures du nouveau réalisme. Le bleu Klein et celui de la baie des anges n’en finissent pas de nous illuminer. 

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