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La Biennale de Venise 2022, une 59ème édition enthousiasmante et engagée

La 59e édition de la biennale de Venise se tient depuis le 23 avril et jusqu’au 29 novembre, célébrant 127 ans d’existence. Après un report d’un an lié à la pandémie, on se réjouit de retrouver l’effervescence artistique du plus grand et prestigieux événement mondial autour de l’art contemporain. Cecilia Alemani en est la commissaire, sous la présidence de Roberto Cicutto. La première édition de la biennale d’art de Venise a été initiée par le conseil municipal de la ville en l’honneur des 25 ans de mariage du roi Humbert 1 et de Marguerite de Savoie. Elle s’est tenue d’avril à octobre 1895, avec déjà, à l’époque, des attributions de prix pour récompenser les artistes. Pour l’occasion, le maire avait commandé un bâtiment dans les Giardini, sur lequel ont travaillé plusieurs architectes, bâtiment bientôt complété par les pavillons nationaux établis au fil du temps, dessinant une architecture plurielle. Depuis 1999, l’ancienne corderie de l’Arsenale est devenue un nouveau lieu d’exposition complémentaire aux Giardini.

Une sélection engagée en faveur des femmes et des talents émergents

L’exposition officielle est à découvrir à travers les deux lieux dédiés que sont donc les Giardini de la biennale qui regroupent tous les pavillons nationaux – le pavillon russe étant, circonstances oblige, fermé – autour d’un pavillon central qui dévoile une sélection guidée par le thème de cette édition : the milk of dreams. Le deuxième lieu d’exposition est  l’Arsenale, à quelques pas des Giardini, avec des espaces monumentaux pour des installations et œuvres fortes. Un total de plus de 1400 œuvres réalisées par plus de 200 artistes de 58 pays, dont 80 % de femmes, témoigne de la richesse de la sélection, d’autant que 180 de ces artistes n’ont jamais figuré précédemment dans une exposition internationale. La biennale fait ainsi la part belle à la découverte de talents émergents.

Le thème de la sélection de la biennale 2022

La commissaire Cecilia Alemani s’est référée au titre de l’ouvrage de la peintre surréaliste Leonora Carrington pour définir le fil conducteur de cette sélection : the milk of dreams, un voyage dans l’imaginaire onirique et fantasmagorique où la création féminine est particulièrement mise à l’honneur. Un mystérieux conte de fées dans le Mexique des années 50 qui dessine les traits d’un monde émancipé des carcans identitaires, ouvert sur un infini d’horizons possibles, a ainsi inspiré les choix artistiques de cette 59ème biennale. Un monde où les identités sont plastiques, non définies, fluctuantes au gré de l’imagination. Trois thèmes déclinent le fil directeur surréaliste du « lait des rêves » :

– la représentation du corps et sa métamorphose

– les liens entre individualité et technologie

– les liens entre les corps et l’environnement

Qu’est-ce qui définit et spécifie l’humain, au regard du non-humain, au regard de son environnement, et à travers sa transformation ? Le parcours à travers la création artistique est un pas de côté à l’égard de l’anthropocentrisme, un questionnement en écho à une période marquée d’incertitude et d’instabilité.

Le palmarès de la 59ème biennale de Venise

Lors de l’inauguration de cette 59e biennale, le jury à dévoilé un palmarès engagé avec six femmes sur les sept lauréats, et deux Lions d’Or attribués à deux artistes noires : Simone Leigh représentée au pavillon américain et sélectionnée à l’exposition principale sur le site de l’Arsenale, ainsi que Sonia Boyce représentée au pavillon britannique. Deux Lions d’Or pour l’ensemble de leurs carrières ont été attribués à Katharina Fritsch et Cecilia Vicuña. Le Lion d’argent a été décerné à l’artiste libanais Ali Cherri, dont le film d’un récit où l’histoire d’un barrage soudanais se mêle à la mythologie est présenté à l’Arsenale. Deux mentions spéciales récompensent les pavillons nationaux, honorant l’artiste présentée au pavillon français, Zineb Sedira, dont l’installation est un hommage au cinéma émancipateur, et L’artiste ougandaise Acaye Kerunen pour ses sculptures textiles. Deux autres mentions spéciales récompensent les artistes sélectionnés pour l’exposition principale : les lauréats sont l’artiste américaine Lynn Herschman Leeson pour une expérimentation soumettant le portrait à l’intelligence artificielle, et l’artiste inuit Shuvinai Ashoona pour ses dessins aux couleurs des représentations culturelles de son peuple. On se rappellera que parmi les lauréats des éditions précédentes figurent Georges braque, Robert Rauschenberg, JasperJohns, Anish Kapoor, Louise Bourgeois, Gerhard Richter, Fabrice Hyber, Yoko Ono, John Baldessarri… La sélection française des précédentes éditions a mis à l’honneur Daniel Buren, César, Annette messager, Sophie calle, Claude Lévêque, Christian Boltanski, Céleste Boursier–Mougenot, Xavier Veilhan, ou encore Laure Prouvost.

Un parcours artistique à travers Venise

La biennale est une extraordinaire occasion d’explorer les secrets de la sérénissime car en marge des sélections officielles, la biennale «off» est une constellation d’expositions dans les musées et galeries de la ville, ainsi que dans les palais investis par des artistes. On se promène d’un univers à l’autre en parcourant les ruelles, en traversant les différentes îles de la lagune au rythme des bateaux. On tombe sur des pépites inattendues au détour d’un pont : la ville entière vibre de la création artistique. 

Voici un aperçu de notre visite, en commençant par les Giardini et l’Arsenale pour la sélection officielle de cette biennale, et ensuite les différentes expositions marquantes de cette 59ème édition à travers la lagune.

Notre visite de la biennale 2022

En photos, le pavillon central des Giardini, les sculptures de Simone Leigh à l’Arsenale et au pavillon américain, l’installation de l’artiste anglaise Sonia Boyce, les installations baignées de lumières orangées de Latifa Echakhch, l’œuvre emblématique tissée, tout en légèreté et transparence de Ruth Asawa, une artiste japonaise née en Californie et décédée en 2013, qui a subi les camps d’internement des japonais aux US après l’attaque de Pearl Harbour, l’artiste Roberto Gil de Montes et ses peintures figuratives colorées à l’imaginaire incongru où l’on retrouve des références à l’iconographie et la mythologie pré-colombiennes, l’artiste Solange Pessoa, dont le travail sur la forme questionne le temps et la mémoire, et l’artiste Pinaree Sanpitak.

Le pavillon Hongrois et l’artiste Zsofia Keresztes, le pavillon russe fermé, Yun Chul Kim au pavillon coréen, le pavillon français et l’artiste Zineb Sedira, l’artiste Ilit Azoulay au pavillon israélien, l’artiste Andrius Arutiunian au pavillon arménien, l’artiste Stan Douglas au pavillon canadien.

A l’Arsenale, Niki de St Phalle, Louise Bonet, Emma Talbot, Kiki Kogelnik, Elias Sime, Jamian Juliano Villani, dans l’ancienne corderie qui accueille aujourd’hui une sélection d’œuvres dans un espace monumental.

Anish Kapoor investit la Gallerie dell’Accademia et le Palazzo Manfrin

En marge de la sélection officielle, plusieurs expositions majeures sont des incontournables de cette 59ème édition de la biennale. Anish Kapoor a investi deux lieux différents dans Venise : les galeries de l’académie et le palais Manfrin. Des œuvres et installations que l’on peut qualifier de viscérales, charnelles et sanglantes  qui évoquent une intériorité en conflit. Anish Kapoor revendique la part d’abjection que dégagent ces reliefs de matière rouge telles les entrailles d’un monde désenchanté et hors de ses gonds. Dans les Galeries de l’Académie, l’artiste britannique côtoie des chefs d’œuvre de la peinture vénitienne. Le Palais Manfrin dans le quartier de Cannaregio a été acquis récemment par Anish Kapoor pour en faire le siège de sa fondation d’art. Des travaux de transformation vont être réalisés par l’agence allemande UNA pour faire de ce palais du 18ème siècle un lieu aux multiples vocations : atelier, espace d’exposition avec un accrochage permanent d’œuvres de l’artiste mais aussi pour accueillir des artistes contemporains pour des événements. Le Palazzo Manfrin va travailler en partenariat avec les musées et les institutions culturelles de la ville de Venise, pour participer au rayonnement de la vie artistique, culturelle et intellectuelle.

Les expositions de la collection Pinault à l’occasion de la biennale

Les deux lieux acquis par François Pinault à Venise, pour exposer une partie de sa collection, la Punta della Dogana et le Palazzo Grassi proposent des expositions temporaires dans le cadre de la biennale. A la pointe de la douane, un lieu emblématique de la lagune, c’est l’artiste américain et vidéaste Bruce Nauman que l’on redécouvre avec une série d’œuvres expérimentales qui interrogent le corps de l’artiste en activité, et au-delà la fragilité de la condition humaine. Le lieu donne une profondeur remarquable à l’œuvre avec, par effraction, des vues sublimes sur Venise. Au Palazzo Grassi c’est l’artiste sud-africaine Marlène Dumas qui fait l’objet d’une exposition avec des œuvres puissantes qui figurent le corps dans tous ses états d’extase ou de souffrance, des œuvres transgressives comme les images fugaces qui traversent l’inconscient de nos rêves et cauchemars avant la censure.

Anselm Kiefer au Palazzo Ducale

Anselm Kiefer a investi le Palais des Doges de Venise, lieu incontournable, pour des œuvres grandioses et monumentales, dans la lignée de son exposition au Grand Palais Éphémère, comme une vision de l’apocalypse à travers des scènes symboliques fortes, avec notamment une représentation de l’incendie qui a marqué l’histoire du Palais en 1577, en reliefs d’inserts d’objets d’un monde qui se disloque. Dans la magnifique Sala delle Scrutinio (salle des scrutins) Anselm Kiefer confronte ainsi ses toiles spectaculaires aux fresques des maîtres du XVIe siècle : Tintoret, Vincentino. Sur l’une des œuvres, cette citation du philosophe italien Andrea Emo, « Ces écrits, quand ils brûleront, nous éclaireront enfin un peu. ».

Enfin, pour terminer cette visite, l’exposition de l’artiste Francesca Leone à la Nomas Foundation intitulée Take your time, un parcours immersif à travers des œuvres inspirées par l’expérience inouïe que fut la suspension du temps individuel et collectif en temps de pandémie soudaine. 

Bosco Sodi investit la Fondazione dell’Albero d’Oro au palais Vendramin avec ses installations minimalistes en matériaux bruts. « Tel un commerçant, j’ai importé ma marchandise exotique au Palazzo Vendramin Grimani. De l’or, des pierres rouges, de l’argile… Dans mon imagination, tous ces matériaux ont été négociés et échangés à Venise ». Un esprit wabi sabi entre art et architecture. 

A la Fondazione Querini Stampalia, ce sont trois artistes qui ont été invités à investir les lieux : Danh Vo, Isamu Noguchi pour des installations luminaires en papier aux effets de transparence délicats, Park Seo Bo pour ses motifs abstraits.

Le mois de juin est un moment idéal pour parcourir la biennale et admirer Venise, les journées ensoleillées et le faible risque d’Aqua alta permettent de se déplacer à pied et de découvrir les mystères de la cité des doges en se rendant d’un lieu d’exposition à l’autre. Mais la biennale se prolonge jusqu’à la fin novembre et cette édition de renouveau après la pandémie réenchante cette Italie qui a payé un lourd tribut. L’accalmie touristique redonne toute sa noblesse à la sérénissime et l’art ajoute ce supplément d’âme qui sied à cette ville si attachante.

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