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La Collection Pinault à la Bourse de Commerce, Paris

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Après Venise, c’est à Paris que l’on pourra découvrir les œuvres de la collection Pinault dans un lieu d’exception : La Bourse de Commerce. Comme ce fut le cas pour Le Palazzo Grassi ouvert en 2006 et La Punta della Dogana ouverte en 2009, des monuments emblématiques du patrimoine sont rénovés en associant la splendeur historique et l’épure architecturale contemporaine signée Tadao Ando pour devenir les écrins d’une scénographie qui confronte l’héritage culturel et l’avant-garde d’aujourd’hui, pour une contemplation des œuvres dans un cadre inédit. 

La collection Pinault est constituée d’un ensemble exceptionnel de plus de 10 000 œuvres de près de 350 artistes d’une grande diversité de cultures et d’origines, jeunes talents émergents ou consacrés. Peintures, sculptures, vidéos, photographies, œuvres sonores, installations et performances : toutes les dimensions de l’art contemporain sont représentés. Une collection témoin des problématiques de notre époque et des thèmes qui nourrissent la création, avec des démarches souvent très engagées sur des questions politiques, sociales, raciales, de genre, ou environnementales. 

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La collection est donc désormais présentée à la fois à Venise et Paris dans ces lieux chargés d’histoire, avec le souci d’une mise en valeur dynamique au travers d’accrochages renouvelés, expositions temporaires ou hors les murs, programmes de prêts à des musées ou institutions. Les présentations sont parfois thématiques, parfois centrées sur un auteur très présent au sein de la collection, ou bien sous le format de cartes blanches proposées à un artiste. 

Collectionneur captivé par l’art de son temps, Francois Pinault a inauguré sa collection en s’intéressant à la peinture à partir du début des années 1970, avec l’acquisition d’une œuvre de Paul Sérusier, qualifiée par l’homme d’affaires de talisman de so collection. François Pinault passe de l’art moderne à l’art contemporain dans les années 1980 avec l’achat d’une œuvre de Jeff Koons. C’est alors que la collection va prendre une ampleur spectaculaire et se concentrer sur l’art des années 60 à nos jours. La collection s’enrichit d’œuvres d’artistes iconiques du pop art (Rauschenberg, Warhol), puis de l’art abstrait (Rothko, Pollock, De Kooning). Par la suite, il y aura Jeff Koons, Cy Twombly, Damien Hirst, Richard Serra, Cindy Sherman, autant d’acquisitions qui témoignent de l’intuition avant-gardiste dans la composition de cette collection devenue incontournable. « Il y a beaucoup d’œuvres contemporaines, peut-être un peu d’avant-garde, qu’un public non averti aura du mal à saisir, mais j’espère qu’il essaiera de comprendre, qu’il essaiera d’ouvrir son esprit et ça lui permettra de voir les choses différemment de la marche du monde, de sa propre vie. C’est un remède, c’est le meilleur, je crois », déclarait récemment Francois Pinault à l’adresse de celles et ceux qui vont pouvoir découvrir une partie de cette collection à l’occasion de l’ouverture de la Bourse de Commerce le 22 mai 2021.

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© Tadao Ando Architect & Associates, Niney Marca Architectes, agence Pierre-Antoine Gatier. Photo Maxime Tetard

La Bourse de Commerce a été choisie pour accueillir la collection Pinault à Paris. Le bâtiment témoigne de l’aboutissement de cinq siècles de prouesses architecturales et techniques. Il associe la première colonne isolée de Paris, édifiée au 15e siècle pour l’hôtel de Soissons de Catherine de Médicis, les vestiges d’une halle au blé à l’impressionnant plan circulaire du 18e siècle (édifice fascinant et radical de Le Camus de Mézières, construit en 1764 qui introduit le plan circulaire dans l’architecture à la française), couverte dès 1812 par une spectaculaire coupole de métal et de verre (la recherche constructive pour couvrir la cour centrale a généré cette coupole en fonte de fer et fer forgé de François-Joseph Bélanger en 1910). Edifiée en 1812, la magnifique verrière nervurée de fonte de fer surplombe la coupole. Le bâtiment a été recomposé en 1889 pour devenir la « Bourse de Commerce ». Le lieu conserve ainsi les traces successives des éléments architecturaux laissés par ces trois états majeurs du bâtiment que sont la colonne Médicis, l’escalier à double révolution et la façade intérieure de la rotonde, la coupole de verre. En élévation comme en plan, cette succession de strates révélées par le travail de restauration a invité les architectes du projet de rénovation à imaginer un dialogue entre l’édifice historique et le projet contemporain. La Bourse de Commerce a été restaurée et transformée par l’architecte japonais Tadao Ando (TAAA – Tadao Ando Architect & Associates), déjà sollicité pour la Punta della Dogana et le Palazzo Grassi, les deux autres écrins de la collection Pinault à Venise, en association avec l’agence NeM / Niney et Marca Architectes, et l’agence Pierre-Antoine Gatier. Commencé en juin 2017, le chantier s’est achevé en février 2020. Pour Tadao Ando, il s’agissait d’élaborer une rencontre entre un bâtiment patrimonial et un geste d’architecte contemporain. « La disposition spatiale de la Bourse de Commerce est conçue pour provoquer un dialogue tendu et plus subtil entre le nouveau et l’ancien. ». La vocation de cette architecture consistait à relier les fils du temps, passé, présent et futur, comme pour les projets de Venise. L’idée tient dans la répétition de la forme circulaire, quasiment unique à Paris, que l’architecte va scander en insérant à l’intérieur de la cour centrale un anneau cylindrique de béton haut de 9 mètres. Ce futur espace d’exposition sera dédié aux œuvres les plus volumineuses. Dans les espaces latéraux de la rotonde, des galeries courbes entièrement destinées à l’art contemporain s’étageront sur trois niveaux. Le propos était d’honorer la mémoire de la ville inscrite dans les murs de la Bourse de Commerce, et à l’intérieur, de placer une autre structure, sur le modèle d’un emboîtement gigogne. Une composition instaurant un dialogue vivant entre l’histoire et l’avant-garde, créant un espace plein de vie comme doit l’être un lieu dédié à l’art contemporain. « À la Bourse de Commerce, je voudrais évoquer le futur dans l’espace dessiné par le cercle. À la lumière zénithale pénétrant par la verrière, les gens entrevoient l’espoir dans le mur circulaire en béton. Mon intention est de faire s’enchaîner avec force des séquences d’espaces très variés découlant de la combinaison de la rotonde et du cylindre. L’espace existant et le nouveau créent un lieu plein de vie, apte à porter la bannière de la culture urbaine des générations à venir. » Pour Lucie Niney et Thibault Marca, associés de l’agence NeM :  « Aujourd’hui, le cœur de la Bourse de Commerce, protégé par le cylindre, est le théâtre inédit d’une rencontre avec les œuvres, avec les artistes, avec le public. Les traits essentiels de son architecture, dôme de verre, cylindre ouvert, disque du promenoir, composent une scénographie circulaire hypnotique, qui soustrait le visiteur à ses repères pour mieux l’inviter à entrer dans une nouvelle dimension ».

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C’est dans cette scénographie immersive que vont pouvoir être découvertes les  expositions inaugurales à partir du 22 mai. La date d’ouverture a été maintes fois repoussée en raison d’une pandémie qui aura contrarié nombre de projets et qui nous aura privés de la beauté, de cet art qui nous relie, nous surprend et nous déplace. L’Art a toujours permis d’abolir les distances, lever les barrières, ouvrir les frontières et élargir les horizons. La beauté, l’émotion, l’inspiration vers lesquelles l’Art nous porte seront certainement précieuses pour nous remettre en mouvement.

Pour l’inauguration de la Bourse de Commerce, on pourra découvrir dans la Rotonde l’installation la plus célèbre de l’artiste suisse Urs Fischer (Untiled, 2011), montrée pour la première fois en France. Œuvre monumentale composée de sculptures en cire allumées au premier jour de leur exposition, Untitled, 2011 représente sept chaises diverses (d’un tabouret africain à la banale chaise plastique en passant par le fauteuil d’avion),  que contemple l’effigie de l’artiste. Une allégorie de la civilisation marquée par une mondialisation fulgurante qui tend à uniformiser le;monde. Au fur et à mesure de sa consumation, la cire se liquéfie et l’édifice révèle sa fragilité, entre métamorphose et impermanence, la clepsydre du temps qui fuit…

La nouvelle installation d’une oeuvre emblématique créée en 2001 par Philippe Parreno, Mont Analogue, est érigée comme un phare sur la colonne Médicis. Un code lumineux mystérieux à travers lequel l’artiste nous invite à découvrir les mondes possibles, invisibles et impalpables, de la création de nature artistique, comme l’ allégorie de l’irréductible quête toujours inachevée qui le porte.

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© Tadao Ando Architect & Associates, Niney Marca Architectes, agence Pierre-Antoine Gatier. Photo Maxime Tetard

Des œuvres ont été installées in situ le long du parcours circulaire, témoignant de la relation des artistes à un lieu d’exposition chargé d’histoire. Les pigeons perchés sur les balustrades de Maurizio Cattelan à l’intérieur de la Rotonde, la souris animatronique de Ryan Gander devant les ascenseurs, la danse de Lili Reynaud Dewar dans le hall des escaliers, les gardiens sculptés de Tatiana Trouvé, autant d’œuvres qui déploient une expérience inédite pour le visiteur ainsi engagé dans un face à face troublant.

Quand le visiteur pénètre dans le salon, premier espace d’exposition de la bourse de commerce, il découvre l’œuvre Ici Plage, comme ici bas (2012), de Martial Raysse, grand panneau peint comme une fresque historique aux couleurs flamboyantes : un paysage utopique et panoramique entre Montagne Sainte-Victoire et littoral, foulé par une procession de figurants, tel un carnaval de l’humanité.

Dans cette exposition inaugurale, Rudolf Stingel présente trois portraits, celui de sa galeriste new-yorkaise Paula Cooper, celui de son ami l’artiste autrichien Franz West et celui du peintre Ernst Ludwig Kirchner. L’artiste utilise de petits formats de photographies qui agrandis dévoilent les aspérités et marques du temps sur la peau, avant de transposer les images par la peinture : des portraits monumentaux qui brouillent la frontière entre photographie et peinture.

Bertrand Lavier, artiste plasticien iconoclaste, investit les « vitrines », espace d’exposition issu de l’histoire particulière du bâtiment architectural, pour une rétrospective d’objets décalée et fantaisiste, ironique à souhait, mêlant les couleurs fortes et les matériaux dans un esprit pop, parfois cartoonesque. 

Un ensemble d’installations de l’artiste afro-américain David Hammons explore les thèmes de l’esclavage et du colonialisme dans le décor des vestiges restaurés qui donne une profondeur particulière à l’œuvre. On découvre également une installation de Tarek Atoui, The Ground – 2019, sculpture musicale pour une expérience  multisensorielle.

Dans l’une des galeries, une scénographie fait dialoguer les œuvres de Myriam Cahn, artiste suisse, avec des œuvres emblématiques de Luc Tuymans et les peintures d’un jeune talent brésilien Antonio Oba.

Au deuxième étage la thématique du portrait se déploie dans le jeu architectural de lumières et transparences, reliant genre, origine, culture, génération à travers les œuvres de Claire Tabouret, Xinyi Cheng, Lynette Yiadom Boakye, Peter Doig, Marlene Dumas, Ser Serpas, Kerry James Marshall. 

Entre photographie, vidéo et performance, les œuvres de Michel Journiac, Martha Wilson, Sherrie Levine, Cindy Sherman, Richard Prince et Louise Lawler, artistes du mouvement Picture Generation, livrent un travail expérimental qui questionne le statut de l’image dans l’art et dans la société, et l’ouvre aux problématiques émergentes autour de l’identité.  

Au sous-sol de la bourse de commerce, OffSpring de Pierre Huygue offre une expérience événementielle sensorielle et poétique, duplication qui se déroule dans l’infini, comme une dynamique où adviennent des mutations contingentes, ouvrant des réalités plurielles. Enfin, les œuvres de trois artistes (Martin Kippenberger, Thomas Schütte, Florian Krewer)  interrogent l’humain aux prises avec les systèmes, à travers une pratique de l’art souvent irrévérencieuse ou scandaleuse qui bouscule nos certitudes.

Ce parcours inaugural nous rappelle que créer c’est un désir de se rendre la vie possible. L’Art témoigne de l’indicible. Les œuvres d’art sont là quand nos certitudes vacillent, quand le temps semble hors de ses gonds. Elles ne proposent pas de réponse, mais ouvrent des interrogations et accueillent notre intranquillité. Mieux que des modélisations mathématiques, à l’heure du fétichisme du chiffre, elles sont une invitation à être-au-monde, à être des contemporains.

“Le contemporain est celui qui fixe le regard sur son temps et ne se laisse pas aveugler par les lumières du siècle mais parvient à saisir en elles la part de l’ombre, leur sombre intimité. Le contemporain est celui qui perçoit l’obscurité de son temps comme une affaire qui le regarde et n’a de cesse de l’interpeller”, pour reprendre la réflexion du philosophe Giorgio Agamben, dans la lignée de Nietzsche : “Le contemporain c’est l’inactuel”. Les mouvements d’ombres et de lumières sont une affaire qui regarde l’Art, et que nous regardons dans les œuvres.

Le présent est ce qui demeure non vécu, peut-être est-ce alors ce non-vécu que l’art contemporain nous donne à entrevoir.

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